2659 — Dylan, prof américain à la fac française — lundi 21 septembre 2026
QUESTIONS AVANT L’ÉCOUTE
Cet entretien est assez long. J’en profite donc pour vous poser plusieurs questions avant l’écoute. Ainsi, l’oreille attentive entendra certainement la bonne réponse !
Ces questions sont plus simples que celle du quiz de compréhension qui vous attend plus bas, une fois que vous aurez bien écouté ou bien lu cet épisode.
Qu’est-ce que la mère de Dylan mangeait en discutant de cinéma français ?
Avec qui Dylan évoquait son premier séjour en France ?
À quel aéroport Dylan est-il arrivé à Paris ?
ECOUTER L'ÉPISODE
— Bonjour Dylan.
— Bonjour Laetitia.
— Alors nous sommes ensemble aujourd’hui parce que vous allez répondre à quelques questions pour le podcast. Je vous présente brièvement de mon côté. Donc vous êtes professeur, vous êtes un professeur de Felicia à l’université Paris-Nanterre. Vous êtes américain et aujourd’hui on se rencontre pour parler de comment vous êtes venu en France et à parler français.
— Est-ce que vous pourriez nous raconter vos premiers contacts avec le français ? Pourquoi le français ? Comment ça s’est passé ?
— C’est une question que je me pose souvent et qu’on me pose souvent aussi. Pourquoi le français ? Et j’ai toujours pas de réponse. C’était un peu le hasard, je crois. Quand j’étais au collège, on devait suivre des cours de langue vivante et on avait le choix entre le français, l’italien et l’espagnol. Et je ne sais pas forcément pourquoi j’ai choisi le français. Je crois qu’il y avait tous mes amis qui ont choisi l’espagnol. Et donc soit je voulais pas être comme eux, soit je voulais suivre des cours où on serait un peu moins nombreux. Et il y avait aussi ma mère qui avait suivi des cours de français il y a longtemps au lycée et un peu à la fac qui me racontait ses cours de cinéma français surtout où dit-elle on buvait du café, on mange des croissants en discutant du cinéma. Donc je me dis « bon, ça a l’air pas mal, pourquoi pas étudier le français ? » Mais on n’avait vraiment aucun rapport au pays. On n’avait pas de relations françaises, etc. Et on n’était jamais venu en France. Donc je commence à étudier le français et je pense que c’était à la fois la langue française, la culture française et francophone qui sont passionnantes, mais aussi le fait que ce soit une porte d’entrée d’une manière sur le plurilinguisme et la diversité linguistique du monde actuel qui me fascinait, moi qui ai grandi monolingue. Ça me fascinait le simple fait que j’ai pu prononcer des mots qui étaient incompréhensibles pour mes parents, mais qui avaient du sens pour des autres. Ça me fascine toujours. Et donc dans mon cas c’était le français, je crois que ça aurait pu être une autre langue, mais j’ai commencé à l’étudier et j’ai continué jusqu’ici. Tellement ça me passionnait.
— Donc ça a été… est-ce que c’était une sorte de coup de foudre un peu ?
— Absolument.
— Et votre premier voyage en France c’était comment ? Quels sont vos premiers souvenirs ? Est-ce que ça vous a plu ? Est-ce que c’était aussi un coup de foudre ?
— Alors je l’évoquais l’autre soir avec un collègue. La première fois que je suis venu en France, c’était pour venir travailler comme assistant de langue à Nantes. Donc j’étais jamais venu ni en voyage ni pour un échange scolaire. C’était juste après mes études, je me suis dit « je veux passer du temps en France » et il y a le programme des assistants de langue qui facilite quand même les démarches de visa, etc. Et donc je me souviens j’arrive à Orly, je prends le RER B et puis la ligne 11 pour aller passer quelques jours dans un petit Airbnb dans le 20e avant d’aller à Nantes. Et j’étais à Ménilmontant. Oui. Donc j’arrive vers 17 h, je pose mes affaires, je me promène dans le quartier et je tombe sur cette librairie qui est Le monte en l’air. Oui. Et ils étaient en train de fêter les dix ans d’une maison d’édition indépendante dont le nom m’échappe. Mais il y avait des gens qui récitaient de la poésie, qui buvaient du vin. Il y avait toute la décoration et donc je me suis dit « ah bon ça fait deux heures que je suis en France, je me promène et je tombe sur des gens qui récitent de la poésie et qui boivent du vin. Est-ce que c’est ça, la France ? » Bon, c’était quand même un peu la lune de miel, et tout, mais c’est ça que j’appréciais à Paris et en France à l’époque et ce que j’apprécie toujours. Et d’ailleurs, je suis très vite tombé amoureux de la ville de Nantes aussi et j’étais très content d’avoir une première image de la France qui n’était pas parisienne. Parce que ce dont je ne me rendais pas compte c’était qu’il y a une richesse des cultures régionales qui est incroyable sur une superficie qui, pour moi en tant qu’américain, est pas si grande que ça. Et c’était pour ça d’ailleurs que j’étais très content de passer du temps à Nantes avant de venir travailler à Paris.
— Sinon est-ce que comme vous avez fait vos études aux États-Unis et que vous êtes vous-même professeur dans le système universitaire français, est-ce que vous pourriez nous décrire les principales différences entre ces deux systèmes ? Est-ce que vous voyez des avantages ou des inconvénients ?
— C’est vrai que pour moi il y a des avantages et des inconvénients des deux côtés. Et donc d’abord il y a une approche pédagogique qui est très différente en France et aux États-Unis. Par exemple, pour les cours de littérature aux universités américaines ça va être beaucoup de discussions et beaucoup d’échanges entre les étudiants et le prof est vraiment là pour faciliter et guider un peu la conversation pour ce qu’on appelle des « seminars », pas forcément pour les cours magistraux. Et encore il y a toujours beaucoup de temps de questions et d’échanges même pour les cours magistraux. Alors que quand quand je suis allé suivre un séminaire en tant qu’auditeur à Paris IV, je m’attendais à un cours de discussion alors que c’est vraiment le professeur, d’ailleurs qui était d’une certaine génération et qui était un peu classique, mais quand même, qui faisait son cours pendant deux heures et qui laissait un petit temps de questions à la fin. Donc, pour moi en France, il y a toujours une… alors là aussi c’est des généralités et ça dépend des professeurs des filières, etc., mais il y a des approches pédagogiques qui sont assez différentes. C’est sûr que parfois aux États-Unis quand vous avez une quinzaine d’étudiants qui ont pas lu le texte c’est pas très intéressant d’avoir une discussion même si parfois ça vous permet de développer un peu plus votre pensée à vous, ça peut être un peu ennuyant aussi donc comme j’ai dit il y a le pour et le contre. En ce qui concerne l’emploi du temps aussi, aux États-Unis je trouve qu’on a des horreurs, des emplois du temps beaucoup moins chargés qu’en France et qu’on a le temps pour des activités extrascolaires qu’on n’a pas forcément autant à Paris, il me semble. Surtout qu’aux États-Unis aussi on a l’habitude de vivre sur le campus, donc c’est pas grave de sortir d’une séance d’un club de cinéma à 10 heures parce qu’on est à cinq minutes à pied de chez soi.
— Oui, alors que nous, on a beaucoup de transports, en fait.
— C’est ça, il me semble qu’il y a beaucoup moins d’étudiants dans les résidences universitaires, à l’internat. il y a beaucoup d’étudiants qui vivent soit chez leurs parents soit dans un appart qui est pas forcément à côté du campus surtout quand on a comme vous l’aviez dit 20, 25, 30 heures de cours par semaine C’est assez épuisant, il me semble
— Est-ce que vous envisagez de retourner aux États-Unis ou vous voulez rester en France ?
— C’est la grande question que je me pose tous les jours et honnêtement je ne sais pas. Je me dis là je suis quand même très loin de ma famille et qui… ils sont tous aux États-Unis dans la Nouvelle-Angleterre, vers Boston, donc j’aimerais quand même être plus proche d’eux. Et d’ailleurs, je me suis rendu compte l’autre jour que comme je suis venu en France juste après les études j’ai passé quasiment toute ma vie adulte ici et que d’ailleurs tous les écrivains que j’aime parlent toujours de l’importance du mouvement du déplacement et du décentrement que ce soit entre les villes, entre les pays, entre les langues, entre les styles littéraires ou artistiques pour ne pas devenir trop figé. Après, il faut se dire que c’est une énorme chance et un grand privilège de pouvoir se déplacer, d’avoir le choix de venir en France parce qu’on en a envie et parce qu’on a les papiers parce que c’est pas si évident pour la plupart des gens. Donc c’est un énorme privilège même de pouvoir voyager quand on apprend une langue. Mais étant donné que j’ai eu cette chance, je me dis que ce serait bien quand même de passer du temps aux États-Unis aussi.
REPÈRES
Dylan était un prof d’anglais pour Felicia et plus précisément un prof de terminologie économique.
Paris IV est l’une des universités parisiennes. Chaque université parisienne porte un nom et un chiffre.
Paris IV, c’est la Sorbonne.
Felicia est à Paris X, Nanterre.
