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Letter to Eula Biss, who wants to study French (but hardly ever does)

Lettre à Eula Biss qui souhaite étudier le français (mais ne le fait presque jamais)


🇫🇷 Version en français, plus bas 😉


Dear Eula Biss,

A few weeks ago I finished one of your books, which I loved. It's called Avoir et se faire avoir (Having and being had) and it's just been published in France by Rivages Poche. I bought it by chance while walking around Paris. I was attracted by its red cover, probably because my daughter Lisa had to read a ‘red-covered’ book for her literary bingo and we'd had trouble finding one that suited her. My turn to read a book with a red cover, I thought as I bought it, intrigued by the back cover.

I really liked the writing style, the short, lively chapters and, above all, the objective you had set yourself: to understand capitalism through your own personal life when you had just bought a house in Chicago.


French and France

I discovered as I read that you and your husband spoke French. He spoke French because he had worked in France as a nanny and you, I don't know, you don't say.

France is mentioned several times in your book, more than other countries, because you and your husband went there several times, particularly on holiday, in Paris, but also in the south of France.

On page 71, as you talk about a period that you decided to devote, or rather invest, in writing, by putting your son in a day-care centre for the holidays and thus having time for yourself and for writing, you say:

‘I start my days playing the piano [...] I'd like to study French, but I hardly ever do.’

So you speak French and you study it, or at least you'd like to study it more.




Almost never

When I read that you'd like to study French, but don't, I wondered why you don't. I imagined you sitting at your desk and thinking, ‘I'd like to study French, but I hardly ever do’. I imagined you sitting at your desk with a notebook and a French textbook open.

I think you must already have a certain level of French, maybe B1 or B2, but because you're not practising, you might be forgetting conjugations and sentence construction.

Perhaps you're also lacking a certain intellectual satisfaction. I'm suddenly curious to know why you want to learn French.


In the book, you mention a French right, the droit à la déconnexion, which is the right not to respond to work-related emails, calls and messages received outside normal working hours. Perhaps you would like to have discussions with French people about their working conditions? Perhaps you'd like to find out more about our society through articles in French newspapers?


Or maybe it's poetry that appeals to you? Maybe you want to read Apollinaire or Rimbaud in French?

Maybe it's all these things at once.

In any case, this objective involves ‘studying French’, but you ‘almost never’ do it.


Making study lighter

In the book, you also mention a friend who has learnt poems by heart and always carries a list of the poems he knows, so that he can remember them. So if you mention it, it's because you've found the method useful. Maybe it works for you too. Always carry a list of vocabulary, phrases or conjugations that you want to know by heart and be able to pull it out at any time of day to remind yourself. This would make studying lighter.


So maybe studying French isn't always about sitting in front of your textbook. Maybe studying French means devoting five minutes a day to it. Maybe it's reciting a poem in a low voice as you walk down the street. Maybe it's looking out of the bus window and saying ‘C'est joli ici’.

Maybe it's choosing a passage from a book and dissecting it for two hours, looking up all the grammar lessons that correspond to each word in the sentence, knowing the precise meaning and pronunciation of each term. Maybe it's telling yourself that you haven't understood everything, but that you'll understand it better tomorrow. Maybe it's singing a song whose words you like, or because you like the singer. It means giving your brain a chance to take its time and surprise you.


But rereading a passage from your book, I think I have the answer: your work as an artist gives you the feeling of being alive. Learning French is also a way of feeling alive. So studying French must also be alive, I feel like whispering a secret to you.


You mention Gertrude Stein and her companion Alice Tobias in your book. My friend Anne-Laure and I came across these two characters on the podcast during a tour of the Montparnasse artists' quarter.


Perhaps one day our paths will cross in real life!

(Maybe... that's the word of the day in this letter).

Thank you for your book, I'm so happy to have discovered it. Best wishes for your artistic career.




Links :


🇫🇷 Version en français

Chère Eula Biss,

J’ai terminé il y a quelques semaines un de vos livres que j’ai adoré. Il s’agit du livre Avoir et se faire avoir qui vient de sortir en France aux Éditions Rivages poche. Je l’ai acheté un peu par hasard en me promenant à Paris. J’ai été attirée par sa couverture rouge, certainement parce que ma fille Lisa devait lire un livre « à couverture rouge » pour son bingo littéraire et que nous avions eu du mal à en trouver un qui lui convienne. À mon tour de lire un livre à couverture rouge, ai-je pensé en l’achetant, intriguée par la quatrième de couverture.

Le style d’écriture m’a beaucoup plu, le format des chapitres aussi, court et vivant, mais surtout l’objectif que vous vous êtes fixé : comprendre le capitalisme à travers votre vie personnelle alors que vous veniez d’acheter une maison à Chicago.


Le français et la France

J’ai découvert au fil de ma lecture que votre mari et vous parliez français. Lui, parce qu’il avait travaillé en France en tant que nounou et vous, je ne sais pas, vous ne le dites pas.

La France est citée plusieurs fois dans votre livre, plus que d’autres pays, parce que votre mari et vous vous y êtes rendus à plusieurs reprises, notamment pour des vacances, à Paris, mais aussi dans le sud de la France.

Page 71, vous dîtes, alors que vous évoquez une période que vous avez décidé de consacrer, ou plutôt d’investir, dans l’écriture, en mettant votre fils au centre aéré pour les vacances et ainsi avoir du temps pour vous et pour écrire :

« Je commence mes journées en jouant du piano […] J’aimerais étudier le français, mais je ne le fais presque jamais. »

Donc, vous parlez le français et vous l’étudiez, enfin vous aimeriez l’étudier davantage.


Presque jamais

En lisant que vous aimeriez étudier le français, mais ne le faisiez pas, je me suis demandé pourquoi vous n’y parveniez pas. Je vous ai imaginée assise à votre bureau avec devant vous un cahier et un manuel de français ouverts.

Je pense que vous devez avoir déjà un certain niveau de français, peut-être B1 ou B2, mais que comme vous ne pratiquez pas, vous oubliez peut-être les conjugaisons, la construction des phrases.

Peut-être qu’il manque aussi une certaine satisfaction intellectuelle. Je suis curieuse, tout à coup, de savoir pourquoi vous souhaitez apprendre le français.


Dans le livre, vous citez un droit français, le droit à la déconnexion, qui est le droit de ne pas répondre aux mails, appels et messages professionnels reçus en dehors des heures habituelles de travail. Peut-être souhaitez-vous avoir des discussions avec des Français sur leurs conditions de travail ? Peut-être souhaitez-vous découvrir notre société à travers des articles de journaux français ?


Mais c’est peut-être la poésie qui vous attire ? Peut-être voulez-vous lire Apollinaire ou Rimbaud en français ?

C’est peut-être tout ça à la fois.

En tout cas, cet objectif passe par « l’étude du français », mais vous ne le faites « presque jamais ».


Rendre l’étude plus légère

Dans le livre, vous citez aussi un ami qui a appris des poèmes par cœur et a toujours sur lui une liste des poèmes qu’il connaît, pour ainsi se les remémorer. Si vous en parlez, c’est donc que vous avez trouvé la méthode utile. Peut-être qu’elle fonctionnerait pour vous aussi. Avoir toujours sur vous une liste de vocabulaire, de phrases ou de conjugaisons que vous souhaitez connaître par cœur et pouvoir la sortir à tout moment de la journée, pour vous les remémorer. Cela rendrait l’étude plus légère.


Ainsi, peut-être aussi qu’étudier le français, ce n’est pas toujours être devant son manuel. Peut-être qu’étudier le français c’est y consacrer cinq minutes par jour. Peut-être que c’est réciter un poème à voix basse en marchant dans la rue. C’est peut-être regarder par la vitre du bus et se dire « C’est joli ici ».

C’est peut-être choisir un passage d’un livre et le décortiquer pendant deux heures, rechercher toutes les leçons de grammaire qui correspondent à chaque mot dans la phrase, connaître la signification précise et la prononciation de chaque terme. C’est peut-être se dire qu’on n’a pas tout compris, mais que l’on comprendra mieux demain. C’est peut-être chanter une chanson dont les mots nous plaisent, ou parce que le chanteur ou la chanteuse nous plaît. C’est laisser la chance à son cerveau de prendre son temps et de vous surprendre.


Mais en relisant un passage de votre livre, je crois que j’ai la réponse : votre travail d’artiste vous donne la sensation d’être vivante. Apprendre le français est aussi une manière de se sentir vivante. Alors, étudier le français doit aussi être vivant, ai-je envie de vous souffler comme un secret.


Je termine cette lettre par une autre remarque que j’ai prise comme un clin d’œil, vous parlez de Gertrude Stein et de sa compagne Alice Tobias dans votre livre. Nous avons justement croisé ces deux personnages sur le podcast avec mon amie Anne-Laure lors d’une grande visite du quartier du Montparnasse des artistes.


Un jour, nos chemins se croiseront peut-être en vrai !

(Peut-être… c’est le mot du jour dans cette lettre.)

Merci pour votre livre, je suis tellement heureuse de l’avoir découvert. Meilleurs vœux pour votre carrière artistique! ♡


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